Cinq chats, une adresse et le silence de Solange

Odile a posé sa valise sur le paillasson et n'a même pas pris le temps d'ôter son manteau.

— Cinq. Ils sont cinq, là-dedans. Dans quarante-deux mètres carrés. Tante Solange, qu'est-ce que tu m'as fait.

La valise, cabossée, une roulette arrachée depuis le déménagement de Clermont-Ferrand quatre ans plus tôt, resta plantée devant la porte comme un témoin muet. L'appartement de Solange Fauvet occupait le deuxième étage d'un petit immeuble en meulière, à Verneuil-sur-Bréval, un bourg de l'Eure à cent dix kilomètres de Rouen. Un bâtiment des années soixante, aux murs épais, à la cage d'escalier qui sentait le pot-au-feu et — plus précisément, s'agissant du palier de Solange — l'urine de chat.

Solange était morte en janvier, dans son sommeil, comme elle avait vécu : sans bruit, sans demander la permission à personne. Le cœur. Les pompiers étaient arrivés trois quarts d'heure après l'appel, mais cela ne changeait plus rien. Il ne lui restait qu'une nièce, Odile, fille de sa sœur cadette, elle-même enterrée depuis huit ans au cimetière de Clermont. Odile était venue pour l'enterrement, avait piétiné dans la boue de janvier au bord de la fosse, écouté les condoléances de voisines qu'elle connaissait à peine, puis était repassée chez le notaire de Gisors pour régler les papiers.

Solange était propriétaire de son appartement depuis longtemps, ayant fini de le payer du vivant de son mari. L'héritage tenait donc en peu de mots : les quarante-deux mètres carrés eux-mêmes, un livret d'épargne avec deux mille neuf cents euros dessus, des meubles d'un autre siècle, et cinq chats.

— Les chats vous reviennent également, avait dit le notaire, un homme rond au costume froissé, sur le même ton que s'il parlait d'une commode.

— Les chats ne sont pas un bien, avait protesté Odile.

— Juridiquement, non. Mais la SPA du secteur est déjà pleine à craquer, et madame Fauvet — paix à son âme — avait écrit dans son testament qu'elle souhaitait qu'on s'occupe de « ses petits ». Ça n'a aucune valeur légale, mais enfin… la conscience, vous comprenez.

Odile comprenait. Elle avait de la conscience — une conscience solide, héritée de sa mère, qui répétait toujours : « On juge quelqu'un non pas à sa façon d'être avec les gens, mais à sa façon d'être avec plus faible que lui. » Sa mère pensait aux vieux et aux enfants. Les chats, sans doute, comptaient aussi.

Odile avait trente-trois ans. Petite, râblée, cheveux courts, le teint hâlé. Infirmière, gardes de vingt-quatre heures tous les quatre jours dans un service de médecine polyvalente à Rouen, salaire modeste, un métier qu'elle aimait sans réserve. Sa vie sentimentale, elle, tenait dans un mouchoir de poche. Il y avait eu Yannick, plombier, trois ans de vie commune, séparation. Yannick ne buvait pas énormément, mais tout le temps, deux bières en rentrant, puis trois, jamais soûl, jamais sobre non plus. Odile avait patienté, puis renoncé, puis fait sa valise — celle-là même, à la roulette cassée — et était partie. Pas par désamour. Par lassitude d'attendre qu'il devienne un homme.

Depuis, elle vivait seule, louait un studio près de l'hôpital, enchaînait les gardes, marchait le long du canal les jours de repos. Elle rendait visite à sa tante une fois par mois, apportait des courses, des médicaments, s'asseyait avec elle dans la cuisine devant un café. Solange parlait peu. Les chats lui tenaient lieu de famille, d'amies, de télévision.

Odile tourna la clé. La porte s'ouvrit et l'odeur la saisit — dense, tenace, mûrie par deux semaines d'absence. La voisine du dessous, Ginette, était bien venue nourrir les bêtes, mais nettoyer les bacs ne lui avait visiblement pas semblé nécessaire.

— Bon sang, dit Odile en se pinçant le nez.

Dans le couloir, dix yeux la fixaient. Cinq chats assis en demi-cercle examinaient la nouvelle venue. Praline, la grise, s'était perchée sur le dossier du fauteuil et poussait de temps à autre un miaulement long, presque une plainte, sans raison qu'on puisse voir. Douze ans, une tache blanche sur le poitrail — Solange l'avait ramassée chaton devant l'immeuble, du temps où son mari vivait encore.

Une chatte noire, ronde, vint aussitôt se frotter contre les mollets d'Odile en ronronnant si fort que le buffet en tremblait. Roudoudou. Elle se laissa tomber sur le dos, pattes écartées, offrant son ventre à qui voudrait bien s'en occuper.

Sous le canapé, deux yeux verts brillaient dans l'ombre — Frimousse, tigrée, qui ne bougeait pas d'un poil. Solange l'avait trouvée dans un carton près des poubelles, avec trois chatons morts à côté d'elle.

Un matou énorme, la fourrure hirsute, une moitié d'oreille gauche en moins, occupait déjà le fauteuil comme s'il y était né. Roux. Il se léchait une patte avec application, sans un regard pour Odile.

Et au centre de la pièce, un chat blanc aux yeux bleus la fixait droit dans les yeux, immobile, tête légèrement penchée — sourd d'une oreille, disait-on. Le Colonel. Une voisine du rez-de-chaussée l'avait amené un jour avec ces mots : « Solange, prends-le, sinon mon mari le jette à la rivière. »

— Bien, dit-elle à voix haute. D'abord je nettoie. Ensuite j'aère. Ensuite je nourris tout le monde. Ensuite je m'assois et je réfléchis.

Elle nettoya jusqu'au soir. Trois bacs vidés, récurés, remplis de litière neuve — la marque habituelle de Solange, un vieux paquet entamé retrouvé sous l'évier. Les sols passés deux fois à l'eau de Javel. Les fenêtres ouvertes en grand malgré le froid de janvier. Au soir, l'appartement sentait le propre et les chats étaient rassasiés. Odile s'assit dans la cuisine avec un café et fit le compte, sur un coin de nappe, avec un crayon.

Quatre cent vingt euros par mois pour le studio de Rouen. Deux mille neuf cents euros sur le livret. Un appartement à elle, mais à une heure et demie de car de l'hôpital, trois liaisons par jour seulement. Acheter une voiture ? Avec quel argent. Vendre l'appartement ? Et les chats, alors ? Les donner ? À qui.

— Tante Solange, dit Odile dans le vide. Qu'est-ce que je fais de tout ça ?

Solange, évidemment, ne répondit pas. Le Colonel, lui, sauta sur la table, s'installa sur le journal plié et la fixa comme si la réponse allait de soi.

— Bon, dit Odile. Je reste. Provisoirement.

Les voisins guettaient l'esclandre comme un public avant le lever de rideau. De son vivant, Solange faisait déjà figure controversée dans l'immeuble. Cinq chats dans quarante-deux mètres carrés : c'était l'odeur, les poils, un prétexte de dispute permanent. La voisine du dessus, une certaine Yvonne Berteau, avait multiplié les plaintes contre Solange auprès du syndic, de l'ARS, et même — selon la rumeur — auprès de la mairie. Toujours le même refrain : insalubrité, odeurs, poils dans la VMC, allergie du petit-fils, préjudice moral. Depuis le divorce de son fils, Yvonne élevait seule les week-ends ce petit-fils dont elle craignait pour la santé, et cette peur-là, au moins, sonnait vraie ; le reste n'était que la rancœur d'une femme dont personne, dans l'immeuble, n'avait jamais fini le pot de confiture.

Le voisin de palier, Fernand Roquet, militaire en retraite, prenait la chose plus calmement — il tolérait, mais ne manquait jamais, en croisant Solange dans l'escalier, de lui glisser : « Solange, il y a quand même une limite. Un, passe encore. Deux, à la rigueur. Mais cinq ! C'est plus un appartement, c'est une ferme. » La voisine du rez-de-chaussée, Ginette Aubry, celle-là même qui avait amené le Colonel, aimait bien Solange. Mais Ginette n'ouvrait jamais la bouche dans les disputes ; dans les querelles entre Solange et Yvonne, elle se contentait de fermer sa porte et de monter le son de sa radio.

Quand le bruit courut dans la cage d'escalier que c'était la nièce qui héritait, et que les chats seraient sans doute emmenés — ou mieux, distribués —, Yvonne Berteau reprit espoir. Elle poussa même la délicatesse jusqu'à confectionner un gâteau — aux pommes, à la cannelle — qu'elle apporta à Odile dès le premier soir.

— Odile, ma chère, minauda Yvonne, tendant son gâteau. Toutes mes condoléances. Solange était, disons… une personnalité. Mais j'imagine que vous allez placer les petits minous ? On ne peut pas, quand même, autant, dans un F2.

— Merci pour le gâteau, dit Odile. Les chats restent.

Yvonne resta une seconde la bouche entrouverte, le plat encore tendu à mi-chemin entre elles deux.

— Comment ça, ils restent ?

— Comme ça. Ils restent. Tous les cinq.

— Mais… mais l'odeur ! Les poils ! Mon petit-fils est allergique !

— Je nettoie chaque jour. Il n'y aura pas d'odeur. Et les poils ne passent pas par la VMC, c'est physiquement impossible. Je suis infirmière, croyez-moi.

Yvonne repartit, gâteau sous le bras. Odile la regarda s'éloigner et se dit que la vie, dans cet immeuble, promettait d'être divertissante.

La première semaine, Odile s'installa. Elle rapatria ses affaires de Rouen — deux sacs de vêtements, un carton de livres — ainsi que sa trousse d'infirmière, sans laquelle elle se sentait nue. Négligé, mais solide, l'appartement : murs épais, plafonds hauts pour l'époque, fenêtres en bois anciennes mais saines, radiateurs en fonte qui chauffaient si fort qu'on pouvait circuler en tee-shirt en plein hiver. Mobilier des années soixante-dix, lourd, increvable. Des travaux s'imposeraient — papier peint décollé, lino soulevé, fuite dans la salle de bain —, mais l'ensemble tenait debout.

Le travail se régla plus vite que prévu. Verneuil-sur-Bréval disposait d'un cabinet médical municipal, et l'infirmière en poste avait démissionné en décembre sans être remplacée. Le maire, Bernard Lecointre, apprit l'existence d'Odile par Ginette et débarqua chez elle dès le lendemain.

— Odile ! Il lui saisit les deux mains. Infirmière ! Le ciel nous l'envoie ! On a un besoin criant ! L'hôpital le plus proche est à Rouen, une heure de route sur des petites routes ! On a eu deux infarctus cet hiver, un AVC, le père Vasseur qui s'est cassé la jambe — et tout ça repose sur Mme Ferrand, aide-soignante retraitée qui a arrêté en quatre-vingt-douze !

— Le salaire ? demanda Odile.

Bernard cita un chiffre. Mille six cents euros net. Odile grimaça — même pour un poste en zone rurale, c'était maigre.

— Mais vous avez un logement, ajouta-t-il vite. Et une prime d'installation, mille cinq cents euros. Plus le jardin du cabinet — vous plantez ce que vous voulez.

— D'accord, dit-elle après un silence. Je commence lundi.

Le cabinet occupait un bâtiment de plain-pied en briques, en bordure du bourg — ancienne laiterie, puis dépôt, puis cabinet médical. Deux pièces, une salle de soins, une pharmacie minuscule et un couloir où les chaises étaient si serrées que les patients s'y tenaient épaule contre épaule. Odile remit tout en ordre en une semaine : médicaments périmés jetés, sols et murs récurés, matériel rangé selon le protocole, une affiche de prévention grippe punaisée au mur, un panonceau « Consultations 8h-14h ».

Les gens du village l'accueillirent avec réserve — jeune, venue d'ailleurs, cheveux courts, du caractère. Mais quand, dès les deux premiers jours, elle remit une épaule en place au père Vasseur (déboîtée en grimpant réparer son antenne), soigna la brûlure de Ginette (marmite de confiture renversée) et fit une injection au diabétique Marcel Théveny — qui trois mois durant s'était passé d'insuline faute de pouvoir descendre à Rouen —, le bourg décida qu'Odile était quelqu'un de bien.

— Elle a la poigne, disaient les mémés sur le banc. Et pas fière avec ça. Elle arrive, elle fait.

— Une femme sérieuse, opinait le père Vasseur en faisant tourner son épaule remise en place. Pas comme la précédente, qui griffonnait des ordonnances et pour le reste, zéro.

Odile recevait le matin, tournait l'après-midi chez les patients grabataires, les vieux, les chroniques. Le soir, elle rentrait, nourrissait les chats et s'écroulait sur le canapé, chaussettes contre l'accoudoir froid. Roudoudou venait se coller contre son flanc, Roux s'allongeait sur ses pieds, le Colonel montait sur l'oreiller, Praline s'installait sur le dossier. Frimousse restait dans son coin, à observer.

L'esclandre attendu par les voisins éclata en mars — mais pas du tout celui qu'on imaginait.

Yvonne Berteau ne désarmait pas. Les plaintes continuaient de pleuvoir : au syndic, à l'ARS, à la préfecture. Odile reçut deux courriers exigeant qu'elle « fasse cesser les conditions insalubres de détention animale », et un troisième la menaçant d'amende. Un inspecteur vint — jeune, maigre, lunettes rondes — qui fit le tour du logement, souleva les couvercles des bacs, huma l'air et haussa les épaules.

— C'est propre, dit-il. Aucune infraction. Les bêtes sont vaccinées ?

— Vaccinées, répondit Odile en présentant les carnets — tout neufs, elle les avait fait faire dès le premier mois, cent trente euros les cinq chez le vétérinaire de Gisors, sur sa carte bleue, en se disant qu'elle rognerait sur autre chose.

— Alors c'est réglé, conclut-il. Je note qu'il n'y a rien à signaler. Quant à votre voisine du dessus… enfin, vous voyez le genre.

Odile voyait très bien le genre. Yvonne, elle, ne voulait rien voir. Après le départ de l'inspecteur, elle bascula dans la guérilla. Des petits mots sur le palier : « La dame aux chats, la honte de l'immeuble », « Ici vit une folle et ses bêtes ». Un jour, un tract imprimé glissé sous la porte : « La toxoplasmose, l'ennemi invisible », les paragraphes les plus alarmants soulignés au feutre rouge. Odile le lut, eut un petit rire, et l'accrocha sur le frigo avec un aimant en forme de coquillage.

— Instructif, dit-elle au Colonel. Même si à moitié n'importe quoi.

Le soir où tout bascula, Odile rentrait d'une garde éprouvante : Mme Perreau et sa tension à seize, le père Vasseur et sa plaie qui ne cicatrisait pas, le petit Théo Simonin avec trente-neuf de fièvre et une toux qui l'avait inquiétée toute la journée. Sur le palier, Yvonne l'attendait, poings sur les hanches.

— Bon, lança Yvonne. Soit vous vous débarrassez de vos sacs à puces, soit j'appelle la fourrière.

— Yvonne. Odile posa son sac par terre, lentement, sans lâcher son regard. La fourrière s'occupe des animaux errants. Les miens sont domestiques, vaccinés, stérilisés. Vous n'avez aucun droit.

— J'ai le droit de vivre dans un immeuble propre !

— L'immeuble est propre. Je récure mon palier chaque semaine.

— Et l'odeur, alors !

— Quelle odeur, Yvonne ? Sentez. Sentez donc.

Odile n'attendit pas de réponse. Elle prit ses clés, ouvrit, laissa Yvonne plantée devant sa porte fermée, bras ballants. À l'intérieur, elle s'assit sur le tabouret de l'entrée sans même délacer ses chaussures, les coudes sur les genoux, et resta comme ça un moment, à regarder le carrelage. Puis elle se releva, rappela le médecin de garde pour Théo : la fièvre avait un peu baissé, mais la toux sifflante l'inquiétait encore. Elle nota le numéro des parents au crayon sur la nappe en toile cirée, au cas où.

En avril, Yvonne franchit une ligne. Profitant d'une garde de vingt-quatre heures d'Odile au cabinet — remplacement d'urgence —, elle appela elle-même le service d'enlèvement animalier de la préfecture, prétendant un abandon d'animaux. Une camionnette blanche se présenta devant l'immeuble en début d'après-midi. Ginette, qui avait la clé de secours, la vit se garer, comprit, et téléphona aussitôt à Odile.

Odile arriva vingt minutes plus tard dans sa vieille Clio, encore en blouse, ayant planté là une patiente à moitié pansée. Sur le trottoir, Yvonne se tenait bras croisés, tandis qu'un agent, dossier sous le bras, hésitait devant la porte de l'immeuble.

— Vous ne touchez à rien ! cria Odile en claquant la portière, sans même prendre le temps de fermer la voiture à clé.

— Madame, dit l'agent, on m'a signalé un abandon d'animaux domestiques dans cet appartement.

— Un abandon ? Odile sortit une pochette plastique de son sac, la jeta presque sur le capot de la camionnette. Les voilà, vos abandonnés. Carnets de vaccination, cinq. Certificats de stérilisation, cinq. Factures du vétérinaire de Gisors, trois semaines. J'habite là. Je nourris ces chats deux fois par jour. Vous voulez entrer chez moi sans mandat, allez-y, appelez qui vous voulez, j'ai un métier, je sais à qui parler.

L'agent feuilleta les papiers en silence, un long moment, puis regarda Yvonne.

— Madame Berteau. Un signalement mensonger à l'administration, ça peut vous coûter cher. Je vais devoir faire un rapport.

— Je n'ai jamais menti ! C'est elle qui laisse ses bêtes courir toute la journée sans surveillance !

— Elles sont dans l'appartement, Yvonne, dit Odile, la voix qui montait d'un cran. Elles ont toujours été dans l'appartement. Vous le savez très bien, vous les entendez miauler à travers le plafond, c'est bien pour ça que vous appelez tout le monde depuis six mois !

— Et alors, j'ai le droit de vivre tranquille, moi aussi !

— Et moi j'ai le droit qu'on arrête de vouloir m'enlever ce que ma tante m'a laissé !

Les deux femmes se turent en même temps, essoufflées, comme si elles venaient de courir. L'agent referma son dossier sans un mot, remonta dans la camionnette. Yvonne resta un instant sur le trottoir, la bouche encore ouverte sur une phrase qui ne vint pas, puis tourna les talons et remonta chez elle sans un regard en arrière.

Les jours suivants, elle continua de croiser Odile dans l'escalier — sèche, muette, mais sans plus jamais reparler des chats. Un mardi, Odile la surprit sur le palier, un sac de croquettes premier prix à la main, visiblement en train d'attendre que quelqu'un sorte. Elle le tendit sans un mot à Ginette, marmonna quelque chose sur « ce que son petit-fils n'a pas fini », et remonta chez elle sans se retourner.

Le lendemain de l'épisode de la camionnette, Odile descendit chez le notaire de Gisors avec les carnets de vaccination et l'acte de propriété, pour faire inscrire en marge de l'acte de succession une clause : en cas de revente de l'appartement de son vivant, elle s'engageait à ne le céder qu'à condition que les chats survivants soient repris en charge par elle-même ou, à défaut, confiés à une association de son choix.

— Ça n'a jamais existé dans ma clientèle, dit le notaire en tamponnant le dernier feuillet. Une clause pour des chats.

— Ma tante l'aurait voulu, dit Odile. Moi aussi.

Elle rentra à pied jusqu'à Verneuil, le dossier tamponné dans son sac. En passant devant l'immeuble, elle leva les yeux vers la fenêtre d'Yvonne, dont le rideau ne bougea pas. Elle monta l'escalier, ouvrit sa porte. Le Colonel l'attendait au milieu du couloir, assis très droit, la queue enroulée autour des pattes.

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